"Andy Goldsworthy, le sculpteur écossais passionné par les échelles et le passage du temps à travers la chair des plantes, la terre, les mers, la glace et la pierre. Pour lui, l'histoire du paysage est vivante, composée de relations polymorphes entre les humains, les animaux, le sol, l'eau et la roche. Il travaille à différentes échelles, des cristaux de glace sculptés dans un entrelacs de brindilles aux cairns en forme d'oeuf de taille humaine édifiés sur des zones littorales balayées par les vagues, ou aux murs de pierre qui s'étendent le long d'un paysage de campagne. Sa connaissance des forces de la gravité ou la friction sont autant celles d'un ingénieur que d'un artiste. Certaines de ses sculptures perdurent quelques secondes, d'autres se maintiennent durant des décennies ; mais la mortalité et l'instabilité sont toujours présentes à son esprit. Plus que des thèmes, le processus et la dissolution – ainsi que la capacité d'agir des humains comme des non-humains, des êtres animés autant qu'inanimés – sont ses véritables partenaires et matériaux. (…)

 

L'art de Goldsworthy soulève implicitement la question suivante : comment vivre de façon éthique à l'intérieur de ces flux éphémères et circonscrits qui n'affectent pas seulement « l'homme », mais bien l'ensemble hétérogène de nos relations? Son art est sans cesse à l'écoute des manières spécifiques qu'ont les humains d'habiter leur environnement, sans toutefois être ni humaniste, ni naturaliste. Son art est celui des nature-cultures. La relation est la plus petite unité d'analyse et les partenaires en sont les objets à tous les niveaux."

 

Donna Haraway, Manifeste des espèces de compagnies, L'éclat, 2010